Ne pas être partagé ne signifie pas que votre article est mauvais. Cela signifie par contre que vous n’avez pas (encore) de public.

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Ne pas être partagé ne signifie pas que votre article est mauvais. Cela signifie par contre que vous n’avez pas (encore) de public.

Un article non partagé sur les réseaux sociaux n’est pas forcément mauvais. Il peut être bon, même, dans le fond.
Pourtant, ne vous reposez pas sur cette qualité, car peu de partage signifie par ailleurs une lacune dans votre travail de journaliste ou de blogueur.
Cela montre que vous n’êtes pas intégré dans une communauté, intégré dans un espace de discussion plus global qui dépasse le support sur lequel vous publiez.
En clair, quand vous publiez un article, personne ne vous écoute.

Tel celui qui, calé au bout du canapé, sort discrètement les meilleures blagues ou réflexions, mais que personne n’entend. Il marmonne ensuite dans sa barbe «han, mais quand même, elle était bien cette blague». Oui, et il est probablement bon votre article…
À l’inverse, tout le monde écoute celui qui se lève, va chercher des bières, raconte sa journée, relance la discussion.

Se lever, raconter sa journée, chercher des bières ne sont pas la solution pour un média (quoique, les bières…)
Relancer la discussion, oui.

En octobre 2013 la Wan Ifra a publié un rapport sur la qualité des commentaires des sites d’information. Les conclusions sont connues depuis à peu près toujours, mais s’il faut une étude pour vous le faire comprendre : « quand un journaliste prend part à la discussion, les commentaires sont meilleurs. »

Une vieille antienne souvent expliquée dans les rédactions, parfois intégrée naturellement par certains journalistes ou rédactions « nouvelles » – rue89, francetvinfo. Pour la petite histoire, je vous recolle ci-dessous une présentation qui date de novembre 2008 à propos des sites médias et des communautés.
L’objet de la présentation était d’expliquer aux médias que s’ils mettaient de côté la notion de communauté, alors d’autres marques allaient s’en emparer. (Les chiffres sont amusants, tout comme les interfaces de Twitter, Dailymotion, etc.)

Ce qui est moins amusant, c’est que l’on a relativement peu bougé sur les interactions de qualité entre journalistes et lecteurs, malgré – ou à cause – de l’apparition des community managers.
Malgré les community managers : quand ils travaillent bien et arrivent à être reconnus, sont d’excellents ambassadeurs de la communauté. Ils savent repérer, discuter, améliorer les réactions des lecteurs.
A cause des community managers ? Dans de nombreuses rédactions, les journalistes voient le community manager comme le sauveur qui va leur permettre de ne pas toucher aux lecteurs. Souvent jeunes journalistes, avec une légitimité encore modeste au sein du titre, ils sont mis de côté, voir à peine considérés comme journalistes, avec l’impossibilité par exemple de proposer des angles plus « communautaires » alors que le sujet s’y prête.

Pour simplifier, ils sont essentiellement utilisés pour optimiser le marketing éditorial.
Pour suivre la tendance des sites en buzz, ils surveillent les sujets qui commencent à monter sur les réseaux – cf trendsboard – pour en faire des articles au fort « share appeal ».
Objectivement, ce n’est pas ça qui fait de vous un meilleur journaliste.
Par contre cela fait de vous un meilleur apporteur d’audience. Ce qui est bien, il en faut. C’est du marketing par l’éditorial.

Il en faut, c’est certain, mais ce n’est pas du journalisme – en tout cas ce que j’appelle moi du journalisme.

Pour éviter cette nécessité du buzz, il devient (encore plus) nécessaire de se spécialiser, ou en tout cas de s’intégrer dans des espaces de discussion, voire d’accepter que le site soit un lieu de discussion. Non ?

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About The Author
Cédric Motte
Journaliste en charge d'accélérer la transformation de la rédaction et le développement de produits numériques au sein du Groupe Centre France. Journaliste web depuis un moment, intervient dans les médias (Centre France, France Television, Le Groupe Moniteur, Mondadori, Le Soir, Le Temps...) pour former les journalistes. Anime une communauté de 3 000 journalistes francophones qui tâtent des outils modernes.
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